Irregulier

Un peu d’ouverture bande de girouettes !

girouette
Mais qui est-ce ?

Mais qui est-ce ?

Je suis ce qu’on appelle un connard élitiste. Une de ces personnes qui détestent ce qui est selon eux populaire et aiment à s’ébrouer joyeusement dans une culture alternative dont la qualité augmente avec la confidentialité. Mais bon, comme tous les gens de goût, on doit bien parfois avouer ses faiblesses.

Non parce que Job For A Cowboy c’est génial, Dead Leaves une pure merveille, Battle Realms un jeu trop mésestimé (connard de Warcraft III), Tool une bande de metalleux extraordinaire et Flyleaf le groupe qui réveille en moi le jeune crétin à mèche Vivel Dop que j’ai toujours été, celui qu’on essaie d’enfouir au fond de soi à coups de pelle.

Bien oui, ça fait déjà plus de trois ans que je parle de ce groupe, en en disant qu’il est correct, assez cool avec sa musique punk romantique, pas encore superbement connu mais très bien marketé, en plus de venir du Texas. Objectivement tout ce que je devrais détester. Et pourtant les raisons d’en être raide dingue de ce groupe, et surtout de sa chanteuse, sont nombreuses.

Contradictions? Oh, fun!

Mais regardez-moi cette bouille d’ange, cette musique classique mais qui met la voix superbement en valeur, ces plans poitrines courts mais charmants, ce chant entre le cri de la princesse malheureuse et le râle du monstre qui vous guette tous les soirs sous votre lit… Objectivement, on peut leur donner ça, en tant qu’amateur éclairé.


Gnagnagna, BWAAAAAH!

Vous me rétorquerez à raison qu’en aimant ce groupe je garde mon plaisir d’esthète aigri en me disant que je l’ai découvert seul, que la page Wikipédia française du groupe n’a pas été mise à jour depuis une éternité, que le post punk n’est pas un style si populaire que ça et surtout qu’un groupe où la chanteuse, aussi mignonne soit-elle, balance ses tripes dans le micro après 20 secondes, n’est définitivement par faite pour détrôner le futur album posthume de Michael Jackson. Bah oui mais non. Non, non, non.


Non, parce qu’en fait, Flyleaf ce n’est pas Otep.
Ni Eths. Mouarf.

Vous avez raison, hippies fans de Tryo, mais ça n’enlève rien au fait que les clips sont des modèles de précision, de montage et de mise en valeur. Ça n’enlève rien non plus à la voix fondante, légèrement éraillée de la princesse de service. Ça n’enlève non plus rien aux  versions acoustiques de leurs tubes, en bons disciples de Korn. On n’oubliera encore pas que la chanteuse est mariée et en bonne texane très croyante. Pas plus que leurs looks des plus travaillés que leur musique et tout le battage dont ils ont bénéficié Outre-Atlantique. Simplement tout ce que je déteste… En tant qu’esthète aigri.


En bonne catholique d’une famille de six enfants,
elle aide son prochain. Sans maquillage.


« J’aime les gens qui se comprennent, les oiseaux
et les tartes à la pomme. »

… Objectivement. Et ?

Objectivement, ça part directement à la poubelle avec un petit regret face au gâchis que ce groupe représente. Et puis… Parce que la chanteuse est… Vous l’avez vue ? Hein ? Regardez-la encore quoi ! On ne peut que tomber amoureux quand on a un jeune rebelle zombie à mèche Vivel Dop qui se balade dans son crâne. On s’en fiche qu’elle soit texane (la naturalisation existe), mariée (les maris ça va, ça vient) ou croyante (les croix au-dessus du lit, ça a son charme), sa gestuelle et son attitude de maniaco-dépressive sous stéroïdes quand elle joue font tout passer.

Jte kif trooo, mé lé mec deriair il son moch

Jte kif trooo, mé lé mec deriair il son moch

La chanteuse est craquante, avec ses petits airs d’ange malheureux. Son chant est touchant, quand elle se répand en mièvreries ou décide de cracher toute sa haine à la face du monde. Un vrai chant à fleur de peau, sans tomber dans la crise de larmes feinte. La musique est stupidement entraînante, bien formatée, mais suffisamment originale pour ne pas déplaire au con que je suis. Les paroles sont assez rebelles et dénonciatrices pour que je m’y retrouve, avec en bonus quelques morceaux tendres comme All Around Me. Je suis conquis.

Ça donne un son frais, un minimum original sans casser trois pattes à un canard dont je peux discuter avec ma sœur voire la surprendre en train d’écouter, ce qui arrive rarement. C’est juste tripant, mainstream à en pleurer quand il faut. De quoi produire des dizaines, voire centaines ou milliers de fans crétins (non, pas de pléonasme) auxquels je me joins sans hésitation.

Normalement donc, pour ne pas perdre la face, je devrais simplement m’en référer à la partie « Contradictions? Oh fun! » et mettre le poids de la raison du côté de mon intellect puissant en déclarant ce groupe texan à la chanteuse mignonnette mais paumée (catholique que j’abhorre à cause de mon pastafarisme), à la musique insipide et revue et au formatage aussi parfait qu’un brushing Jean-Louis David de sombre bêtise mercantile américaine. Mais l’univers, la mignonne chanteuse dont j’ignore le nom et… la super craquante chanteuse dont j’ignore le nom depuis plus de trois ans en ont décidé autrement.

Tout ça pour ça ?

Un peu seulement. En fait la position de connard élitiste est une attitude que beaucoup adorent tenir, surtout pendant une adolescence difficile. Déjà ça permet de se différencier de la masse quand on se rend compte de sa banalité, ça donne une autre vision de tout ce qu’on découvre par soi-même, en en faisant souvent des mètres étalons et ça permet de découvrir des communautés d’autres imbéciles qui se croient également plus intelligents sur la foi de goûts communs et d’une haine de ceux qui suivent les modes.

Accessoirement, quand une de nos idoles ou histoires favorites devient incroyablement populaire, ça permet d’insulter 95% de l’Humanité d’un coup. Le pouvoir des effets de mode et de la misanthropie rassurante que se donnent ces communautés.


Sérieusement, elle chante pas super bien ?
En plus elle est beeelle.

Mais c’est surtout une posture pratique dans le cadre de discussions culturelles : se placer en temps qu’élitiste, c’est souvent imposer de fait une certaine autorité, celle de celui qui sait et qui a bien mieux travaillé le sujet que son interlocuteur. Logique. C’est doux, confortable et ça ne demande qu’un peu de prétention et quelques recherches Google, permettant de sortir des énormités plus grosses que soi sans que l’adversaire rhétorique ne trouve rien à dire, ne se sentant pas l’âme de vérifier. Les scrupules disparaissent assez vite.

Prétentieux et honnête ?

D'accord des fois elle est...

D'accord des fois elle est...

Or, quand cette prétention est bien ancrée, on a du mal à s’avouer amateur de quelque chose de populaire. Par fierté personnelle déjà, et face au groupe d’esthètes hautains dont on fait nouvellement partie aussi, même si chacun aime avouer de temps en temps quelques goûts douteux à ses congénères. Parce que pour des adorateurs de Cowboy Bebop, c’est dur de regarder Naruto en cachette.

Si l’aveu se fait face aux autres 95% de l’Humanité, quatre attitudes sont possibles. La première, celle classique de la faiblesse passagère, de l’exception qui confirme la règle (vous saviez que j’adore Flyleaf ?), qui permet de feindre l’honnêteté tout en conservant sa crédibilité. La seconde, celle de la sélectivité : n’aimer qu’une partie infime de l’œuvre chérie par TF1, une chanson, quelques répliques… De préférence choisies lorsque c’était peu connu. Non vraiment, je préfère largement Song For The Deaf à No One Knows, même si c’est moins accessible pour du Queens Of The Stone Age. La troisième, celle de la porte d’entrée dans un univers, un style, parce qu’en fait j’aime encore Linkin Park vu que Meteora a été mon tout premier album metal. La quatrième enfin, plus vicieuse et, à vrai dire, la plus mentalement inquiétante, celle du fan absolu, qui de son amour d’adolescence (ou plus tardif) pour Korn en est devenu un inconditionnel. Celui qui aimera cracher sur les nouvelles productions tout en connaissant, prétendument donc, par cœur les paroles de chaque chanson de leurs débuts ; il aura au moins gaspillé son adolescence au profit de quelque chose d’utile.

Absolus ces modèles ? Totalement, résolument. Mais dans une moindre mesure 100% de l’Humanité fonctionne selon ces mécanismes, même pour s’affirmer membre des 95% de non-esthètes. Tout ça pour ne pas perdre la face donc, et conserver une réputation parfois usurpée, d’autres fois belle et bien méritée.

J’adore Falling Down d’Oasis, alors que ce groupe est juste… énervant, connu, énervant, pas possible. Mais bon, faut aussi dire que c’est une chanson atypique pour eux paraît-il, et puis c’était le générique d’Higashi no Eden qui m’apporte énormément en crédibilité vu que c’est la meilleure série du Printemps 2009. Et puis de toute façon j’aime tous les génériques d’animés au final, en témoigne mon dossier OST de trucs jap’s de plusieurs Go. Que des animés de qualité approuvés par les gens de l’Editotaku hein, je n’écoute pas n’importe quoi. Par contre j’espère rapidement découvrir que Wonderwall du même Oasis est aussi atypique ou générique d’un dessin animé approuvé parce sinon je suis vraiment mal barré.

Concluons. Cette prétention, cette réputation, c’est surtout le pire des aveux de faiblesse en soi, un manque d’ouverture quasi total (même si j’adore écouter du jazz), une fierté disproportionnée acquise par la connaissance d’une culture dont beaucoup se fichent, sauf ceux qui regardent aussi Tracks ou lisent Anime News Network, ainsi que l’affirmation que votre vie est bien morne pour avoir peur de perdre la face pour si peu. Parce que le but dans la vie ce n’est pas de dominer les autres, mais de profiter d’eux sans rien leur donner en retour. Moi aussi je m’aime.

Ah, et pour les vieux cons qui n’aiment pas Flyleaf, rabattez-vous sur Gallhammer. Ça a une vraie valeur culturelle en étant l’affirmation virile de trois femmes avec une musique extrême dans une société nippone toute dédiée à la puissance masculine et en plus ça fait saigner les oreilles. De rien.

Au fait, la mignonne chanteuse de la Feuille qui vole s’appelle Lacey Mosley. De rien encore.

Le 6 juillet 2009 par dans Réflexions à l'avenant.

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